ALBERT LUBAKI (XXE SIECLE)

Lot 247
1 000 - 2 000 €
Résultat: 10 296 €

ALBERT LUBAKI (XXE SIECLE)

SANS TITRE (PERSONNAGES ET DEUX VOLATILES), CIRCA 1929 Encres sur papier Signé en haut au centre 55 x 73 cm - 213/4 x 283/4 in. (pliures, trous, rousseurs) Provenance: - Collection Charles Auguste Girard - Collection particulière, Paris ALBERT LUBAKI PAR ANDRE MAGNIN L'Afrique a élargi le champ de l'art contemporain et prend part à l'histoire de l'art mondial depuis la fin du XXe siècle. Pourtant, aujourd'hui encore, bien que nous vivions l'époque d'un art global, tout se passe comme si, des chefs-d'oeuvre millénaires et séculaires reconnus par nos plus grands artistes modernes jusqu'aux peintures contemporaines de ce continent, rien n'avait existé. Les débuts de l'histoire de la peinture moderne en Afrique Noire, encore trop méconnus, restent à écrire. En effet, à l'aube du XXème siècle, il y eut une période des «précurseurs» de la peinture moderne en Afrique où parfois quelques mécènes apportèrent aux artistes de la toile ou du papier ainsi que des couleurs afin d'assurer la permanence d'un art jusqu'alors éphémère. Il faut pourtant admettre que la peinture a toujours existé chez ces peuples africains, dont l'art ne va jamais sans raconter des histoires. Au Congo, l'histoire la plus édifiante est sans doute celle de l'artiste Albert Lubaki et de l'intense collaboration qui s'établit avec Georges Thiry, jeune administrateur belge, écrivain et dessinateur à ses heures sous le pseudonyme de Dulonge. En 1926, ce dernier découvre des cases peintes lors d'une mission à Bukama, au Katanga (Congo). Il s'agit de peintures à base de pigments naturels représentant des motifs géométriques, des sujets traditionnels animaliers ou issus de la vie quotidienne mais aussi des sujets nouveaux où figurent les voitures et les trains apportés par les colons. Albert Lubaki et Djilatendo sont les premiers artistes auxquels Thiry suggère de transcrire sur le papier ce qu'ils ont l'habitude de peindre sur les parois des cases. Il veut faire partager son engouement pour leur travail et les faire connaître en Europe grâce à la collaboration de Gaston- Denys Périer, haut fonctionnaire très actif dans le domaine des arts en Belgique. Ils envisagent alors des projets d'expositions. Les premiers échanges épistolaires datent du 28 août 1926, Thiry écrit à Lubaki: «Envoie-moi vite des dessins, j'enverrai une cinquantaine de tes dessins à Paris pour le mois d'avril 1927. J'ai reçu la réponse d'un ami qui a demandé 50 dessins. Tu vois, Paris c'est très grand... Envoie-moi tout ce que tu veux.» La première exposition de Lubaki a lieu au Palais des Beaux-arts de Bruxelles en 1929 à l'occasion de l'inauguration du Palais. L'exposition est montrée ensuite au musée de Genève en 1930, puis à Paris en 1931: «Jazz présente les oeuvres du peintre nègre Lubaki» à la galerie Charles Auguste-Girard. Des artistes européens serviront d'intermédiaire dans la mise en place du projet. Carlo Rim, rédacteur en chef de la revue Jazz, écrit: «L'Exposition de dessins aura bien lieu à la galerie Charles Auguste-Girard, 1 rue Edouard VII, en novembre, c'est-à-dire dans une excellente période. La galerie est en plein centre de Paris. Je n'ai pas besoin de vous dire que je mettrai tous mes soins à la présentation de Lubaki pour l'exposition duquel je songe à demander une préface à Paul Morand ou à Cendrars.» Le vernissage est un événement et l'exposition connaît un succès immédiat, pourtant de courte durée: le bruit court que les soi-disant Lubaki ont en fait été réalisés par un européen habile, peut-être même par Rim lui-même. Il faut donc prouver l'existence de Lubaki en montrant ses lettres et une photographie de lui au travail. Gaston-Denys Périer confie à Thiry: «Vous ne vous imaginez pas ce qu'il faut de démarches, de discours, d'articles de presse, pour réussir à faire agréer des images nègres!» Le snobisme d'un public qui limite son intérêt à la «statuaire nègre» anéantira les efforts des promoteurs de cet art congolais si inventif et puissant et sera fatal à la poursuite de cette aventure. À partir de 1936, c'est la disparition complète de ces artistes «abandonnés» qui sont contraints de cesser leur production. On perd totalement leur trace. C'est grâce à une poignée d'historiens, de conservateurs et de collectionneurs passionnés qui ont conservé les oeuvres de ces artistes précurseurs qu'ils ne furent jamais complément oubliés. L'exposition Histoire de Voir présentée à la Fondation Cartier pour l'Art Contemporain en 2012, fut l'occasion pour quelques-uns de ces artistes congolais d'être «redécouverts» - Lubaki en particulier - et à leurs oeuvres d'être admirées à la fois pour leur beauté lumineuse, leur liberté, leur fulgurance et leur modernité. Les quelques oeuvres mises en ventes ici sont véritablement inédites, elles ont probablement été rapportées par Thiry lui-même dans sa Belgique natale dans les années 30 et conservées dans les archives familiales. La source des peintures de Lubaki est le réel, mais il n'en restitue que l'essentiel, sans problématique esthétique. Ses oeuvres montrent la manière dont il appréhende le monde. Il magnifie les règnes animal et végétal, y insuffle une énergie sans complexe vis-à-vis de la réalité. Cette maladresse et cette innocence apparentes du trait sont bien plus instruites que naïves. Lubaki peignait la nuit: la tradition interdit de raconter les histoires des ancêtres pendant le jour sous peine de redoutables châtiments. Il écrivait à Thiry: «Je vous demande des bougies parce que mon travail c'est toujours pendant la nuit. [...]». Cette distance au réel n'est peut-être qu'un signe de respect au monde et aux forces supérieures qui ont fait naître les hommes et sur lesquelles ils ne peuvent prétendre détenir la vérité. André Magnin, septembre 2013 *Ces notes proviennent du texte HISTOIRES RETROUVEES par André Magnin publié dans le catalogue de l'exposition HISTOIRES DE VOIR à la Fondation Cartier pour l'art contemporain. Les lettres citées proviennent des archives de Ivan Dierickx André Magnin tient à remercier Pierre Loos et Thomas Bayet
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