YUE MINJUN (NE EN 1962)

Lot 16
150 000 - 200 000 EUR
Résultat: 162 053 EUR

YUE MINJUN (NE EN 1962)

CITY N°1, 1993 Huile sur toile Signée en pinyin, monogrammée et datée «1993.11» en bas à droite 100 x 110 cm - 393/4 x 431/4 in. Provenance: - Galerie Schoeni Art, Hong Kong - Littmann Kulturprojekte, Bâle - Vente Sotheby's Londres du 19 octobre 2008 - Acquis lors de cette vente par l'actuel propriétaire YUE MINJUN CITY N°1, 1993 A l'encontre de la bipartition du rire et des pleurs, de Jeanqui- rit et de Jean-qui-pleure (ou de Démocrite et d'Héraclite, ou de la comédie et de la tragédie, etc.), le rire, chez Yue Minjun, fait violemment sauter cette symétrie convenue. Tandis que les larmes signifient univoquement la tristesse, le rire, en effet, renvoie, reflue, vers une énigme; tandis que les larmes font présager une profondeur, le rire, quant à lui, ouvre sur un abîme. Ou bien encore: tandis que les pleurs invitent à basculer dans une intériorité, et par conséquent portent au partage, le rire rejette dans un dehors, procède à une exclusion. Cela est encore plus vrai une fois qu'on est passé en Chine. Est-ce qu'on rit parce qu'on est joyeux? Ou parce qu'on trouve comique ce qu'on a sous les yeux? si l'on croit le rire naturel sous prétexte qu'il est «le propre de l'homme», selon la formule, on ne peut que d'autant mieux vérifier, face aux peintures de Yue Minjun, combien sa portée mais aussi sa motivation sont culturelles. On rit si souvent pour se dissocier. On parait approuver mais pour mieux dénoncer (le faisaient déjà les bouffons à la cour du Prince). Le rire est masque. Il est ainsi une stratégie du rire, en Chine, notamment du grand rire répété, à gorge déployée, haha xiao-xiao, dont la visée offensive est de décontenancer. Sur les premières peintures de Yue Minjun, le rire est encore varié, modulé, singulier, et par conséquent expressif. Il laisse entrevoir une personnalité. Mais quand le rire se fige en rictus uniforme, bouche ouverte en banane ou croissant de lune, et les yeux fermés -seules des ridules restent esquissées-, ce rire stéréotypé fait écran à toute quête d'intentionnalité, il dresse un mur, interdit le dedans, bloque toute sensibilité. Il affiche, sous son explosion à répétition, qu'il ne peut rien y avoir à communiquer. Ainsi la formule fameuse à laquelle Bergson reconduit le rire tombe-t-elle juste, si ce n'est qu'elle est, encore une fois, par trop bénigne: le «mécanique» est bien là, en effet, mais, sous son placage, le «vivant» a disparu. Il n'y a plus insertion de l'un dans l'autre, la raideur de l'un faisant ressortir le mouvant de l'autre. Mais tout vivant s'est aboli devant cette convulsion généralisée. François Jullien, «Rire-Ridule-Rictus», catalogue de l'exposition Yue Minjun à la Fondation Cartier pour l'Art Contemporain, Paris, 14 novembre 2012-17 mars 2013
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