ÉCOLE DE SAVOIE VERS 1472

Lot 8
150 000 - 200 000 €
Résultat: 193 033 €

ÉCOLE DE SAVOIE VERS 1472

L'Adoration des bergers avec Charlotte de Savoie et Saint François L'Adoration des Mages Paire de panneaux, volets de diptyque, des traces de clous sont visibles à la radiographie 36 x 27 cm chaque, avec encadrement 42 x 33 cm Au verso les armoiries rapportées de Charlotte de Savoie reine de France, un volet est monogrammé L C, l'autre porte les lettres DV Provenance: Collection Charlotte de Savoie, à sa mort en 1483(ung tableau ouquel est la nativité, aux armes de la Royne; non estimé); Très probablement resté dans sa descendance, Anne sa fille et Suzanne sa petite fille, installées au château de Bourbon-L'Archambault; Collection M. Quedreville, Château de Bourbon-l'Archambault; Vente Quedreville, Paris, (Me Malard), 29-31 mars 1852, n° 120; Collection Léon Arnoult, avant 1904; Collection Lévaï-Carlson, Stockholm, en 1958. Exposition: Cinq siècles d'Art français, Stockholm, Musée National, 1958, n°17. Bibliographie: P. Lacroix et F. Séré, Le Moyen Age et la Renaissance, Paris, tome I, vers 1851; A. Tuetey, Inventaire des Biens de Charlotte de Savoie, Paris, Bibliothèque de l'Ecole des Cartes, 1865, Tome XXVI, p. 352; Ch. Sterling, «Carnet Savoyard», Revue du Louvre, n° 5-6, Paris, 1978, pp. 333-337, reproduit fig. 1, 2, 4, 6 et 8 Redécouverts et publiés brillamment par Charles Sterling, nos deux panneaux formant diptyque constituent une importante découverte pour la peinture primitive savoyarde. Il s'agit une oeuvre caractéristique et majeure de cette école régionale du XVème siècle encore peu étudiée. Selon Charles Sterling (voir Opus cit. supra), la Savoie est, après la Bourgogne, un état que sa complexité politique rend difficile à appréhender. S'étendant sur une grande partie des Alpes, elle parvient à rassembler des territoires aussi vastes que la Savoie, le comté de Nice, le Piémont et le comté de Vaud..., contrôlant les accès aux nombreux cols si importants pour la route du commerce. Ce grand état est pourvu de deux «capitales», Chambéry et Turin. Sa culture franco-italienne est perméable aux influences germaniques proches, et si les documents attestent de la présence à la cour de nombreux artistes étrangers, il est difficile de cerner une école savoyarde particulière dans le domaine des Arts. La plupart des oeuvres connues et étudiées semble souligner ce côté hétéroclite donné par une grande diversité d'influences. Ce n'est que dans la région du Piémont qu'on retrouve une certaine continuité avec la persistance du style international franco-flamand, qui à l'inverse de l'art savoyard nous est plus familier. Notre diptyque a été signalé pour la première fois dans la littérature en 1851 pour des raisons bien particulières: il comporte le deuxième portrait connu de la reine Charlotte de Savoie après celui de l'ouvrage de Jacques Le Boucq (1520-1573), connu sous le nom de Recueil d'Arras (voir Ch. Sterling, reproduit fig.3, p. 334). Conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Municipale d'Arras, il rassemble de nombreux portraits dessinés qui en font une précieuse source iconographique. Jacques Le Boucq fut un important portraitiste du XVIème siècle «croquant» ses contemporains sur le vif. Il réalisa par contre les portraits des modèles des XIVème et XVème siècles soit d'après des monuments funéraires soit d'après des portraits originaux auxquels il pouvait avoir accès grâce à ses importants protecteurs. Dans la dernière partie de sa vie il travailla ainsi pour Charles Quint. Il peignit le portrait de la reine Charlotte vraisemblablement d'après un portrait antérieur à celui de notre panneau. Les portraits de Charlotte sont donc rares. D'ailleurs selon Charles Sterling, si le diptyque est uniquement mentionné dans l'inventaire après décès de Charlotte par la description du volet de L'Adoration des bergers avec Charlotte de Savoie et Saint François («ung tableau ouquel est la Nativité, aux armes de la Royne; non estimé»), c'est parce qu'il est considéré comme primordial à cause du portrait de la reine. Ce portrait en pied de la reine Charlotte tel qu'il figure sur l'un de nos panneaux apparaît repris en gravure, pour la première fois dans l'ouvrage Le Moyen Age et la Renaissance paru à Paris entre 1848 et1851. Les illustrations en fac-similé ont été réalisées par A. Rivaud, et les auteurs mentionnent que le portrait de la reine Charlotte est extrait d'un «tableau contemporain provenant du château de Bourbon-l'Archambault, appartenant à M. Quedreville, Paris.». Nos deux panneaux formaient un diptyque destiné à la dévotion privée. La reine Charlotte est représentée en orante, agenouillée sur un prie-Dieu orné d'une riche étoffe, sur la gauche du panneau de L'Adoration des bergers avec Charlotte de Savoie et Saint François, à la place traditionnelle des donateurs. Sa robe est somptueuse bien qu'elle soit plutôt réputée pour la modestie de sa mise. Son long hennin témoigne de la mode des années 1470-1475 en vigueur à la cour bourguignonne. Le peintre a certainement travaillé «sur le vif» en ce qui concerne le portrait de la reine, contrairement donc au portrait du Recueil d'Arras, qui est déjà une reprise d'après. Le choix du sujet de L'Adoration des bergers avec Charlotte de Savoie et Saint François, l'introduction de la figure de Saint François, a permis de dater le tableau de 1472. Selon Charles Sterling, il s'agit d'une référence directe à la naissance récente du fils Charlotte, François (1472-1473), placé sous la protection de son saint patron. Charlotte avait à l'époque perdu plusieurs enfants en bas âge. Son fils aîné le dauphin Charles, né en 1470, a été placé sous la protection de la Vierge. L'Adoration des Mages du second volet est quant à elle un thème traditionnel se rapportant à la royauté. Un des rois mages est d'ailleurs coiffé d'une fleur de lys. On remarque peu de différences stylistiques majeures sur nos deux panneaux. L'utilisation maximale de l'espace, un côté répétitif dans les poses données aux nombreux personnages et une similitude dans la composition des deux panneaux sont le fait d'un artiste unique. Selon Charles Sterling, il n'est pas surprenant que Charlotte, qui soutenait de nombreux peintres étrangers à sa cour, ait choisi un peintre de sa Savoie natale, mais il est assez curieux pour une reine de France, d'avoir donné la préférence pour une oeuvre qui devait lui tenir à coeur, à un artiste de peu connu. Peut-être à cause de sa modestie et de sa simplicité légendaire? La vie de Charlotte de Savoie (vers 1441-1483) est peu connue. Sa date de naissance demeure incertaine, et par déduction, entre les dates de son mariage et celle de son premier enfant, les historiens actuels ont opté pour 1441 ou 1442. Fille de Louis 1er de Savoie, prince de Piémont (1413-1465) et d'Anne de Chypre-Lusignan (1418-1482) elle est d'abord promise par contrat en 1443 à Frédéric, fils du duc de Saxe. Cependant c'est le dauphin Louis (1423-1483), futur Louis XI, en révolte contre son père Charles VII et réfugié dans le Dauphiné, qui arrive finalement à obtenir la main de Charlotte. Le contrat est signé le 14 février 1451 et le mariage célébré le 9 mars à Chambéry. Charlotte n'a pas l'âge requis mais l'union n'est pas dénoncée. Le couple se réfugie à Genappe dans un château octroyé par le duc de Bourgogne Philippe III. Ils auront huit enfants dont seulement trois parviendront à l'âge adulte: Charles VIII (1470-1798), Anne de Beaujeu (1461-1522) futur régente, et Jeanne de France futur épouse de Louis XII. Charlotte est reléguée au château d'Amboise par Louis XI qui cherche à se prémunir contre toute influence politique et qui craint la constitution d'une «côterie» autour de la reine. Lui - même demeure à Plessis du Parc Lès Tours. Charlotte se consacra exclusivement à l'éducation de ses enfants et à la lecture; elle constitua une importante bibliothèque à Amboise, embryon de la Bibliothèque Nationale de France. Elle mourut quelques mois après le roi, et fut enterrée à ses côtés à Notre Dame de Cléry. Charles Sterling consacra à ce diptyque un des très beaux textes de l'Art français qu'on se contentera de reproduire ici intégralement. . la paire
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